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Murmures

Conversation avec les murs



Le mur est une construction protectrice ou séparatrice, isole ou unit.Commencer à l'interroger, vouloir le contourner, le dépasser ou au contraire l'affronter c'est alors nous-mêmes que nous questionnons. Il peut-être l'indication d'une inquiétude, d'un mal-être de la forme, une métamorphose ou une force, une puissance de la matière. Entre espace physique, espace mental, espace temporel, espace matériel, le mur se matérialise dans une forme et un espace inédits.


Les murs


Léonard de Vinci dans un de ses carnets conseille pour

« exciter l'esprit à diverses inventions », « de contempler les murs souillé de taches informes ou fait de pierres bigarrées... On y trouve des paysages de montagne, des arbres, des batailles, des figures aux gestes vifs, des visages et costumes étranges. »





Le mur reflète nos paradoxes, nos contradictions. Il est la barrière entre deux mondes, celui que je désire et l'autre qui me fait peur, il est l'obstacle qui me fait croire que je peux aller au-delà. Il est devenu le symbole d'espoir ou de désespoir pour les Hommes.

Le mur traduit la présence de l'homme et exprime sa vision du monde.


Que racontent les murs ?


Le mur, là, devant nous n'a rien à voir avec le hasard. L'espace a été choisi, réfléchi, aménagé ou simplement utilisé parce qu'il était là.

Le mur dessine peu à peu ses formes, sa matière, sa fonctionnalité et un jour il ouvrira sa porte, mais pour qui, et dans quel sens ?

En effet, le mur appartient toujours à quelqu'un, même lorsqu'il sépare deux zones.

La Corée du Nord, le Maroc, les USA, Israël, en Inde dans le Cachemire, etc. ils ont leur mur, chacun a décidé de l'édifier pour des raisons politiques, économiques ou militaires. Et déjà ces murs racontent l'histoire de ces pays, de ces hommes.

J'ai décidé de parler des murs qui m'entourent, ceux qui ont croisé ma route, ces anonymes qui m'ont touchée.

Paradoxe du mortel, vivre avec les autres en ayant conscience de sa solitude. Il croit depuis fort longtemps que la vue de l'autre peut être un danger. Le mortel est dans l'obligation de se protéger. Se cacher est un réflexe de sauvegarde.





« Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? »

(Jean Tardieu, cité par G. Perec, Espèces d'espaces, Paris, Galilée, 1974/2000, p. 77)



Murmures


Il y a ce que l'on voit et ce l'on perçoit devant ces silences de pierres qui nous écoutent encore et toujours.

Intimité, pudeur ils nous cachent des regards du dehors. Nos cris, nos joies, nos pleurs peuvent rester discrets, nos souffrances ignorées.

Est-il possible que le mur puisse être notre plus grand confident comme notre plus grand ennemi ?


Les murs

J'ai photographié essentiellement des murs abandonnés et j'ai filmé les murs habités, ceux que je nomme les murs aux épaisseurs économiques à qui nous attribuons des références sociales. À la fois ces lieux sont plus ouverts, on a plus de proximité, mais à cause de cela c'est l'homme et moins le mur qui fait barrière avec l'extérieur. En décidant de filmer les façades, je passe à une autre étape. La photographie et même le son m'ont laissée à distance, l'expérience était plus intellectuelle.

Là, c'est un temps plus charnel.




Porté d'abord vers un état contemplatif, le film me fait vivre l'expérience des corps des autres. Le côté frontal du mur, les bruits des gens et là soudain c'est comme si je percevais les corps invisibles, comme si je sentais leurs frôlements contre moi.

Des visages, des histoires, la vie des hommes.



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